FOCUS SUR : Portrait d’Alexandre VANIER

FOCUS SUR : Portrait d’Alexandre VANIER

Metteur en scène, comédien et écrivain

 

L.PRUVOST

Alexandre VANIER est un jeune comédien et metteur en scène toulousain, exerçant son art sur Paris depuis quelques années. Après avoir été diplômé du Cours Florent, il a écrit et mis en scène une pièce forte (Erotidia, ou comment Éros fut blasphémé) sur les violences subies par les femmes et les minorités sexuelles, jouée durant tout le mois de septembre 2018 au théâtre Clavel. Elle devrait être produite prochainement au Théâtre du Funambule, dans le 18e arrondissement parisien.

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis comédien, auteur et metteur en scène. J’ai commencé le théâtre à 10 ans, et j’ai été diplômé en 2017 du Cours Florent. Je suis plutôt engagé dans différentes luttes, des droits LGBT à la lutte contre le racisme, en passant par la reconnaissance totale des droits des femmes : je suis pour l’égalité sous toutes ses formes. J’essaie, à travers mes écrits et mes pièces, de faire passer des messages et d’amener les gens à se poser des questions. Je ne dis pas avoir la réponse à tout, mais si je parviens à permettre un questionnement, une réflexion, à l’issue d’une pièce, tout est gagné ! En dehors de l’écriture et du théâtre, je suis également un grand lecteur et un cinéphile.

Quelle est votre définition du féminisme ? Comment cela a pu impacter votre vie personnelle et/ou professionnelle ?

Le féminisme est tout simplement l’égalité pure et totale des droits entre les femmes et les hommes. Il est inconcevable de refuser des droits, ou de dire qu’une personne ne peut pas faire quelque chose, sous prétexte qu’elle est une femme. Il ne faut pas avoir de préjugés sur les comportements « féminins » comme « masculins ». Les différences de genre ne doivent pas avoir d’impact au regard de la loi, des jugements ou des comportements. Une femme n’est pas moins qu’un homme, et les rapports de domination ne devraient pas exister.

J’ai écrit une pièce sur les violences faites aux femmes et aux minorités sexuelles, suite à une discussion assez banale avec mon assistante mise en scène. Elle m’expliquait que sa bande d’amis avait pris pour habitude de dessiner des pénis sur des photographies de leurs mères. Elle a décidé d’inverser la situation en les dessinant sur leurs photographies à eux. Bien entendu, ils ne l’ont pas du tout bien pris… Grâce à de nombreux témoignages, et en prenant conscience de la position et de la place des femmes dans notre société, j’ai écrit cette pièce pour permettre aux victimes de discriminations et d’abus de s’exprimer. Cela faisait longtemps que j’avais envie d’écrire sur la discrimination banalisée, et il n’y a rien de mieux que la colère pour devenir productif ! [rires]

Avez-vous déjà été victime de discriminations sexistes?

Pour cela, j’ai la « chance » d’être un homme et d’évoluer professionnellement dans un milieu ouvert. Je ne connais pas ce genre d’impact dans ma vie personnelle, puisqu’en étant un homme, je suis protégé de tout ce que les femmes peuvent subir. J’ai pourtant conscience de leur réalité, ayant des proches qui se sont fait harceler ou qui ont dû subir ce genre de comportements. J’ai été confronté à des débats misogynes et j’ai assisté à des discriminations sexistes. Cela m’a donné envie d’agir.

Avez-vous un ou des modèles féminins ? Si oui, lesquels ?

Meryl STREEP, en tant qu’actrice extrêmement douée en plus d’être engagée. Angelica LIDDELL, écrivaine de théâtre espagnole, qui a des textes très durs mais aussi très forts. Mes amies, qui font des choses extraordinaires et arrivent à avancer dans leur milieu. Ma sœur, qui est aussi comédienne et metteuse en scène.

Je ne considère pas vraiment avoir de « modèle ». Je ne suis pas très à l’aise avec cette idée de se référer à une personne qui nous apparaît comme plus ou moins supérieure. Je préfère me construire avec mon entourage et ma propre expérience, plutôt que de me focaliser sur quelqu’un ou sur un but précis. Par exemple, j’admire le talent de Meryl STREEP, mais je ne l’admire pas en tant que personne. Les grandes icônes du féminisme, telles que Simone de BEAUVOIR, sont extraordinaires. Pour autant, il faut se garder de prendre un être humain en modèle. On peut admirer son travail, son talent, son combat, mais je pense sincèrement qu’il faut toujours se rappeler que l’on ne connaît jamais la personne en elle-même.

Quels conseils donneriez-vous à vous-même étant plus jeune (younger self) et aux jeunes femmes en général ?

Je dirai à mon younger self d’il y a quelques années – lorsque je suis arrivé à Paris après avoir quitté le cocon familial et les habitus parentaux – de commencer à être plus ouvert et de réfléchir par lui-même. Je me dirais : « Lis, écoute les autres, ne prends pas pour acquis les choses qui peuvent être dites et renseigne-toi par toi-même ». Et cela ne vaut pas que pour moi ou pour les jeunes femmes, je pense que tout le monde devrait essayer de suivre ce mantra !

Il est important d’écouter les autres. Il faut arrêter ce discours où la parole de la femme est toujours remise en cause. Personne n’a envie d’être victime de viol, de harcèlement ou d’attouchements. Les femmes ne dénoncent pas ces agissements pour se faire un nom. Ce n’est pas à nous de les remettre en question, celles et ceux qui mentent sont une écrasante minorité.

Comment le féminisme et les droits des femmes influent sur votre expression artistique ?

Tout se fait naturellement. Lorsque j’ai écrit Erotidia, je ne pouvais pas le faire par moi-même, c’était aux femmes d’en parler. J’ai reçu beaucoup de témoignages, et j’ai essayé de faire de la pièce un terrain d’expression de leur parole. Je leur ai donné un moyen de s’exprimer, non pas en tant que « white man savior » mais en tant qu’intermédiaire. Ce n’est pas à moi de porter cette parole, je ne fais que constater la réalité d’aujourd’hui : les discriminations et les violences existent. Les femmes d’Erotidia avaient besoin de s’exprimer, elles l’ont fait. Écrire a été quelque chose de naturel, et non quelque chose de condescendant ou de calculé.

Pensez-vous qu’un homme est illégitime à prendre la parole pour soutenir le féminisme ? Pourquoi ?

C’est un grand questionnement ! [rires] Comme je l’ai dit, je ne suis pas personnellement et directement victime de ces actes. Je préférerais laisser la place à des gens qui savent et connaissent ces situations. Pour autant, je me considère légitime dans la mesure où je reste à ma place. Mon rôle est de soutenir et de relayer, mais je n’ai pas à donner mon avis sur ce qui ne concerne qu’elles. Par exemple, je ne vais pas hésiter à utiliser les réseaux sociaux pour partager les témoignages, mais je ne me permettrai jamais de juger ou de donner un avis. C’est à la femme, et uniquement à elle, de s’exprimer.

J’ai essayé de garder cette philosophie dans ma pièce. Les témoignages utilisés ont été très peu retouchés, seulement pour la cohérence artistique et pour faciliter la mise en scène. Je n’avais pas à les modifier.

Il arrive parfois que je me sente illégitime. En tant qu’homme, je ne suis pas discriminé, je ne subis pas personnellement toutes ces violences. Si je ne peux parler au nom des femmes, je peux le faire en tant que défenseur de l’égalité, qui devrait être absolue. Je me bats contre les sexistes et les auteurs de violences. J’agis en tant que personne, en tant qu’être humain, non en tant qu’homme. Si un homme veut intervenir, s’il veut agir, s’il veut s’exprimer, il doit le faire en tant que personne. Or certains ont du mal à saisir cette différence. Moi-même parfois, je trouve cela difficile. [rires]

Avez-vous une pièce, un livre ou un film à conseiller ?

Sans hésiter, La maison de la force, d’Angelica LIDDELL. Cette pièce peut se décrire en trois mots : femme(s), force et viol(ences). Elle y parle notamment de violences mentales et physiques, en utilisant des faits divers de viols et de meurtres d’adolescentes dans le comté de Chihuahua au Mexique. Et en général, je conseillerais toute son œuvre !

Retrouvez prochainement Erotidia, ou comment Éros fut blasphémé d’Alexandre VANIER au Théâtre du Funambule, 53 rue des Saules, 75018 Paris 

EROTIDIA.png

https://www.facebook.com/Erotidia/

Alexandre Vanier – https://www.facebook.com/AlexVanierPro/

 

Publicités

Un commentaire sur “FOCUS SUR : Portrait d’Alexandre VANIER

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s