ÉDITION SPÉCIALE : EXHIBÉ.ÉS

EXHIBÉ.ES – DEUXIÈME PARTIE

Pro-sexe monologue

Solani BrB

Se faire prendre…la main dans la culotte

Tranchons dans le vif. Nous connaissons quasiment tous les sensations du plaisir. Cette douce chaleur qui vous envahit le ventre, l’électricité qui vous parcourt les nerfs, les palpitations qui secouent votre peau, et cet appel lancinant qui résonne dans votre corps. Autant de sensations grisantes qui réclament votre savoir-faire. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. À mesure que vous vous laissez porter, le désir gagne votre esprit, et c’est tout un programme pornographique fantasmé selon vos propres sensibilités qui s’offre à vous. L’imaginaire déborde d’images et de scénario prêts à servir les besoins charnels, il ne connaît que les limites que vous lui imposez, se transforme selon votre volonté, et offre l’avantage de n’apparaître nul part dans votre historique.

C’est peut-être pour cela que la pornographie dérange; elle en sait et en dit beaucoup trop sur nous. La petite insolente a l’audace d’exhiber impunément nos fantasmes et ceux des autres, de franchir les limites que nous nous sommes imposés à nous mêmes et face à autrui, et laisse des traces numériques sur nos ordinateurs qu’il nous faut tout le temps exterminer comme des parasites. Pas de preuves, pas de crime. Décidément la sexualité a bien du mal à exister sans être pénalisée par les principes moraux, et par notre propre honte. Pourtant, la masturbation, ou l’art de se connaître, est sans doute la pratique qui nous permet le mieux d’appréhender nos désirs, de connaître notre corps et de mettre le doigt sur ce qui nous fait vibrer ; et la pornographie n’est qu’une stimulation parmi tant d’autres.

Non, la pornographie n’est pas un guide de la sexualité. Elle est monstration, exhibition, terrain d’essai des plaisirs personnels ; elle n’engage que vous et votre curiosité. Bien sûr, il n’est pas question de soustraire le genre pornographique aux critiques qui lui sont faites, dont certaines ont été développées dans un article précédent, mais de réhabiliter sa capacité à alimenter les désirs et les passions, à divertir les corps et les esprits. Nous n’hésitons pas à nous plonger corps et âme dans les grandes intrigues du cinéma, acceptant de surcroît de croire en une réalité fabriquée. L’horreur, le drame, l’action, la comédie et tant d’autres, sont autant de genres qui nous inspirent, dynamisent et élargissent nos imaginaires, proposent de nouvelles représentations codifiées du monde. Nous acceptons volontiers l’idée que le cinéma parle de nous, qu’il nous révèle à nous-mêmes pour le meilleur et pour le pire ; mais nous nous interdisons la pornographie au nom d’une morale cosmique. Et même lorsque débattons à son sujet, nous faisons comme si nous ne la connaissions pas, comme si elle était une étrangère aux moeurs – oui moeurs – exotiques que nous épions de loin, et dont nous commentons l’étrangeté par des “C’est spécial quand même”.

Cessons de nous leurrer. Nous savons pertinemment qui est cette enfant abandonnée sur le bord de route que nous osons à peine regarder; une “vulgaire” descendante de l’art érotique qui, de tout temps ou presque, a parcouru notre histoire, et s’est vu jeter la pierre en pleine figure plus d’une fois. Et nous savons aussi à quoi elle sert; personne – ou peut-être certains, mais je ne les connais pas – ne regarde des films X pour l’originalité des intrigues. Nous la regardons pour stimuler notre propre plaisir, pour l’identifier à des corps, des sexes, des désirs transgressifs salutaires à nos désarrois sexuels.

Je suis une pornstar ! Tu es une pornstar ! Tout le monde est une pornstar !

La prolifération des vidéos amatrices pornos sur internet a  engendré une immense ouverture de fenêtres sur internet menant tout droit à nos intimités, dévoilant au passage les désirs secrets de toutes et tous. Les couples mariés ou non, jeunes et/ou moins jeunes, les relations adultères et les amours interdits s’offrent en spectacle dans des lieux tout aussi pluriels : le lit conjugal, le salon familial, les chambres des motels, les espaces publiques et de travail. Dans la pornographie, c’est le monde entier qui est réinvesti par les sexualités, profanant le sacré, et rompant la pudeur instituée. Et tant mieux! Croyez-moi, le monde a vu bien pire, et il en va de notre bien personnel à tous. Nous n’aimons pas vivre en cage, et nous ne pouvons jouir d’une pleine liberté lorsque nos désirs et nos envies sont boycottés au profit d’une morale prude que nous nous efforçons de suivre sans en comprendre les fondements archaïques. La pornographie amatrice nous rappelle que les identités, les sexualités et les désirs sont encore consignés à respecter les conventions strictes que nous nous sommes imposés ; et elle s’offre comme un espace d’expression et un moyen de ré-inclure les désirs – nos désirs – dans les moeurs sociales.

Qu’on se le dise, les vraies pornstars, c’est Nous. Et s’il est autant d’individus pour s’exhiber pleinement face caméra, c’est qu’il est grand temps de reconsidérer le corps et la sexualité comme “nôtres”. Nous ne sommes pas des monstres pervers et immoraux, incapables de retenir nos pulsions sexuelles ou de faire la distinction entre “fiction” et “réalité”. Nos interprétations religieuses diront que oui, mais je dirai simplement ceci: les fantasmes et les désirs nous sont nécessaires, ils grandissent et mûrissent avec nous, participent à nos constructions individuelles. Dès lors que nous choisissons de faire du genre, des sexualités et du consentement des débats centraux de nos sociétés, la pornographie et le cinéma n’auront d’autres choix que d’en épouser les principes, et chacun y gagnera en représentation. Oui, la pornographie soulève des interrogations qui méritent le débat. Oui, son fonctionnement masculiniste doit être défait au profit d’un système décisionnaire incluant les femmes. Oui, les représentations archétypales des corps et des sexualités qu’elles véhiculent ont besoin d’un bon dépoussiérage; de la même manière que nos sociétés, nos mœurs, et nos esprits gagneraient en fraîcheur à se faire turbiner les sinus. Mais parce que la pornographie appartient au commun, qu’elle est de notre fait – et ce qu’on le veuille ou non – nous sommes à même de la faire évoluer, nous pouvons lui faire prendre de nouvelles formes dès lors que nous acceptons de la relier à Nous.

La prohibition ne la fera pas disparaître, la pornographie est une réalité qu’il est nécessaire de considérer dans sa totalité : autant dans ce qu’elle apporte de nouveau, que dans ce qu’elle reproduit. On peut avoir un pied dans les deux camps, soumettre la pornographie à un regard critique, tout en se laissant tenter par ses nombreux divertissements. Mais qu’on se le dise, la pornographie, et plus généralement les contenus pornographiques, sont voués à rester dans nos sociétés aussi longtemps que nous éprouverons des désirs. Coupez-lui la tête, coupez-lui les jambes, la pornographie se fera repousser les membres. Changer la pornographie et les représentations sexuées c’est d’abord nous changer nous.

Je sais, c’est pas facile à encaisser! Navrée de vous avoir stressé. Un petit conseil : allez vous masturber. Détente assurée !

*La lecture de cet article n’engage en rien le lecteur à partager la même position , SONU UN WOMEN est un lieu de partage d’idées et de libération de la parole*

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