Avalez la pilule.

Avalez la pilule.

Rachelle Kutu et Eleana Cassim

Avortement : nom masculin, Interruption prématurée de la grossesse.

Un message à chacun.e par celles qui en parlent le mieux.

À celles et ceux qui demandent le pourquoi du comment,

“On était deux, je t’assure t’étais là ! On sort pas ça de notre chapeau.”

En ce qui me concerne, on m’a vendu la pilule comme un truc magique et je la prenais mal. C’est de ma faute, je le sais. J’ai préféré manger un sandwich à la cafétéria avec ma copine plutôt qu’aller acheter une pilule du lendemain. Je l’ai prise une heure trop tard. Mais on était deux ! Je t’assure t’étais là, on sort pas ça de notre chapeau.

Pour ma part, le préservatif a craqué.

Quant à moi, on ne s’était pas protégés et je venais d’arrêter la pilule, en conséquence, j’étais très fertile à ce moment-là. Il ne faut vraiment pas négliger la prise d’hormones.

À celles et ceux qui demandent “Il était où ?”

“C’est ce qui peut nous arriver de plus dur à nos âges et ce qui peut nous éloigner le plus l’un de l’autre.”

En ce qui me concerne, pendant l’avortement (médicamenteux), j’ai dit à mon copain : “On serait beaux tous les trois”. Il m’a dit : “Je ne veux plus jamais que tu dises ça”. Je n’étais pas triste, mais tout ça était étonnant, on aurait pu être contents, non ?

Puis au planning on me demandait : « Il est où le papa ? ». Il est pas là, il s’en fout, ça coule de source.

Pour ma part, je le remercie. Je sais que je veux finir ma vie avec lui. Il sera le père de mes enfants. À notre âge, je considère que c’est ce qui peut arriver de plus dur, ce qui peut nous éloigner le plus l’un de l’autre.  

Quant à moi, après notre deuxième rapport sexuel, j’ai commencé à me sentir mal. Je me sentais bizarre et j’ai pris mes distances. C’était au début du mois de décembre. Pendant les fêtes, mon état ne s’arrangeait pas, ce qui m’a conduit à l’hôpital. Sur place, le médecin m’a demandé si j’avais des risques d’être enceinte et m’a conseillé de faire un test de grossesse. Ce jour-là, j’ai mis totalement fin à notre relation, je lui ai dit qu’il était mieux qu’on s’arrête là.

Aux professionnels de santé que j’ai croisés,

“Lisez mieux les dossiers qui vous sont transmis, ça permettra de ne pas entendre le coeur d’un bébé qu’on ne veut pas avoir”

En ce qui me concerne, la première fois, je suis venue vous voir vous, ma gynéco. Vous m’avez expliqué comment ça allait se dérouler, puis vous m’avez dit : “Trois heures après la dernière pilule, tu prends un sac plastique pour uriner dedans et tu me le ramènes dès qu’il est tombé pour qu’on l’analyse”. Peut-être était-ce pour me dissuader, je ne vous ai pas posé de questions.

J’avais 16 ans et vous sembliez en avoir 70, j’ai pensé que vous aviez raison. 200 mètres plus tard, je me suis dit qu’uriner dans un sac plastique, c’était quand même bizarre.

Par la suite, vous qui m’avez fait l’échographie, ne m’avez pas demandé si elle était destinée ou non à un avortement. Je ne vous ai pas non plus demandé d’enlever la vidéo et le son, j’ai vu et entendu.

En fait, j’ai subi le coeur et je n’osais pas vous dire d’arrêter. Sinon, j’étais persuadée que j’allais passer pour une folle. J’étais là pour assumer, parce qu’on t’impose d’assumer. Après tout, on est censé avoir un coeur en béton. À l’hôpital, personne ne m’a signalé que ça ferait mal.

Pour ma part, vous qui m’avez fait l’échographie, m’avez dit : « Regardez, il est beau votre bébé, il a un coeur bien solide ». Lisez mieux les dossiers qui vous sont transmis, ça permettra de ne pas entendre le cœur d’un bébé que l’on ne veut pas avoir.

Je souhaite tout de même vous remercier, infirmières et sages femmes qui se sont occupées de moi, vous étiez tellement douces.

Quant à moi, au planning familial, vous m’avez posé des questions. Vous avez essayé de me conseiller, de me convaincre de le garder, de me convaincre que je pouvais m’en sortir avec. Mais vous ne m’avez jamais mise mal à l’aise. Vous ne m’avez jamais jugée.

Vous qui m’avez fait l’échographie, vous n’étiez pas au courant que j’étais là pour un avortement. Vous n’étiez pas trop bavard. Vous m’avez dit : “La grossesse se passe bien”, vous m’avez fait écouter les battements du cœur. J’étais un peu choquée de les entendre mais pendant tout ce temps, je ne voulais rien savoir, j’étais dans ma bulle.

À celles qui ont avorté,

“Tu as accompli quelque chose d’important”

En ce qui me concerne, le truc dans mon ventre on l’appelait « ça », enfin non, on l’appelait pas en fait. Après un avortement, tu deviens une personne que tu n’étais pas et tu te rends compte à quel point tu es capable de régler les problèmes.

À celle qui a avorté, tu as accompli quelque chose d’important. C’est dans ces situations que l’on apprend à se connaître. Je dirais même que l’on renaît.

Je me suis rencontrée, je me suis dit : “T’es capable de plein de choses maintenant”. J’ai le sentiment que je peux tout faire.

Pour ma part, au début, je m’en fichais, c’était juste des cellules. Mais lorsque je suis arrivée à la maternité entourée de femmes enceintes, ce n’était plus pareil.

Alors à celles qui ont avorté : vous êtes courageuses. C’est quelque chose de très dur à assumer, surtout pour celles qui y font face seules. Mais tout est tellement différent selon les personnes. Dans tous les cas, vous n’êtes pas des pauvres connes qui ne connaissent pas la capote.

Quant à moi, j’espère que vous ne banalisez ni l’acte sexuel, ni la grossesse, ni l’avortement. Certes, ce n’est pas une étape anodine dans une vie de femme, mais ce n’est pas une fin en soi. Ça fait partie d’une histoire qu’il faut s’approprier. Il faut vous reconstruire pour pouvoir la continuer, pour qu’au final cette histoire soit belle, que vous appreniez de vos erreurs et mettiez vos expériences à profit.

Ne vous jugez pas et ne vous auto-flagellez pas.

À celles et ceux qui refusent ce droit aux femmes,

“Ces gens-là n’ont pas leur mot à dire” / “Quelque part, je les comprends”

En ce qui me concerne, vous n’avez vraiment pas votre mot à dire. Ce n’est pas une vie d’avoir un bébé à 15 ans, ni pour lui, ni pour moi. Quand j’ai pris cette décision, je me suis dit : “Quelle vie il aura, j’ai même pas d’argent !”. Je n’ai pas pensé à moi en premier.

Mon couple n’était pas stable. Qu’est-ce qu’on ferait, déjà qu’on ne s’entend pas tous les deux, mais alors tous les trois ?

Pour ma part, j’estime que c’est trop facile de juger. Demain, ça peut arriver à ta fille, ou à ta sœur. Et au final, c’est vous qui nous rendez honteuses, c’est à cause de vous qu’on culpabilise et qu’on perd confiance en nous.

Quant à moi, quelque part, je comprends que vous considériez l’avortement comme prendre une vie, comme décider du sort d’un être vivant. Toutefois, tout ne s’arrête pas là, car cette vie qui n’a pas commencé, tire son existence d’une vie qui est en cours. Il peut se passer un tas de choses qui ont justifié cet acte, choses à l’encontre desquelles vous ne pouvez porter de jugement.

Ce n’est pas parce que l’on avorte, qu’on banalise l’acte ou qu’on ne se rend pas compte de sa gravité. Quand on en arrive là et qu’on en prend conscience, c’est déjà assez grave pour nous-même. On n’a pas besoin que les gens extérieurs viennent en rajouter.

À celles et ceux qui prennent la religion comme argument, j’aimerais vous dire que c’est au moment où j’ai commencé à davantage me rapprocher de Dieu que j’ai pu me reconstruire, me retrouver et surtout arrêter de me juger, vous devriez faire de même.

Au monde entier,

“Nous sommes en accord avec notre choix.”

Il faut en parler !

Au monde entier, l’avortement est trop tabou. Arrêtez d’en avoir peur !

Avorter ne fait pas de nous des folles, nous ne sommes pas à plaindre, c’est juste la vie. C’est un droit, on a le droit, c’est un choix.

C’est une liberté de vécu, d’expérience et chacune peut avoir le contrôle de sa fertilité. C’est un acte qui a toujours existé, de manière plus violente auparavant ; mais aujourd’hui, des manières plus « douces » de le faire se sont développées en accès libre dans notre pays, c’est une chance.

Entendez que, si les gens ne l’ayant pas vécu se font des idées sur l’avortement, c’est à cause des rumeurs qui disent que c’est affreux, c’est à cause de ceux qui nous font écouter les coeurs des bébés et à cause de ceux qui veulent nous faire pisser dans des sacs plastiques.

Si on en a peur, c’est parce que d’un côté, il faut en avoir peur. C’est un acte qui n’est pas anodin et qui peut souvent être banalisé, d’où la virulence de ceux qui sont contre. Mais la peur provient du vide qu’il y a derrière, de l’inconnu.

Avorter, c’est réagir à la conséquence de nos actes avant tout. On peut le ressentir comme un processus. Prenons l’équitation, ça y ressemble, c’est un parcours d’obstacles. On coche les étapes comme on cocherait une to do list. On ne se dit pas, “ce n’est pas éthique”. On n’ose pas demander, on fait tout ce qu’on nous demande.

On éprouve un sentiment d’urgence, comme s’il y avait un papillon qui se déployait dans notre ventre, comme si on nous disait : “Il va sortir tout de suite, il faut lui donner un nom !”. On a une pression constante pendant une semaine ou deux.

Mais il faut arrêter de voir ça comme la traversée du Nevada.

Ça fait partie de nous et ça arrive beaucoup plus qu’on ne le croit. Nous sommes en accord avec notre choix.

Au final, c’est différent pour une jeune fille de 17 ans qui avorte dans la panique et une femme de 25 ans, prête à avoir des enfants, mais qui fait le choix de ne pas le garder parce qu’elle a ses raisons. Mais encore une fois, à chacun son vécu.

Au monde entier, ne jugez pas, ne nous jugez pas.

Nos remerciements à Diane et aux autres jeunes femmes qui ont par leurs témoignages et leur patience, contribué à la rédaction de cet article.

**  La lecture de cet article n’engage en rien le lecteur à partager la même position , SONU UN WOMEN est un lieu de partage d’idées et de libération de la parole**

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