FOCUS SUR… NADIA MURAD : D’ESCLAVE A PRIX NOBEL

FOCUS SUR…

NADIA MURAD : D’ESCLAVE A PRIX NOBEL

Cylia Médani

À 25 ans, Nadia Murad est l’une des militantes pour les droits de l’Homme la plus importante de sa génération. Ancienne esclave de l’État islamique (ou Daesh), elle est aujourd’hui la deuxième plus jeune lauréate du prix Nobel de la paix. Retour en quelques lignes sur le parcours d’une héroïne.

La petite bio

Née à Kocho, une ville située au nord d’Irak et frontalière à la Syrie dans la province de Sinjar, Nadia Murad Basee Taha issue d’une famille pauvre vit entourée de ses 12 frères et sœurs. Issue de la minorité yézidi, une religion monothéisme principalement pratiqué au sein du peuple kurde.

L’État islamique ou le cauchemar des Yézidis

Le cauchemar de Nadia commence lorsqu’en 2014 dans son village de Kocho les djihadistes débarquent dans le but simple d’éradiquer les yézidis en commençant par massacrer les hommes et les personnes âgées puis en enlevant les femmes et jeunes filles. Nadia expliquera plus tard que Daesh a employé un traitement particulier aux yézidis les considérant comme « infidèles à Dieu ».

La jeune Nadia, 20 ans, a perdu dans l’attaque ses frères et sa mère jugée trop vieille pour servir au groupe terroriste.

Comme de nombreuses femmes de sa communauté, Nadia, ses sœurs et nièces sont enlevées pour être emmenées à Mossoul où on leur explique qu’elles seront vendues comme esclaves. Plusieurs hommes se disputent la jeune femme qui se retrouvent vendue à un homme pour qui elle refuse de se convertir de force et de se marier. Il la bat, la viole, elle devient son esclave sexuelle. Nadia essaie de s’enfuir une première fois, mais se fait vite rattraper pour être par la suite donnée à d’autres pour des viols collectifs d’une violence inimaginable.

Ballottée d’homme en homme (13 au total), frappée, violée, son cauchemar s’arrête lorsqu’un parvient à s’enfuir de la porte laissée ouverte de la maison d’un homme qui l’avait acheté.

De sa fuite au siège des Nations unies

Nadia, en fuite, va frapper à toutes les portes du quartier et tomber sur une famille de sunnite qui lui offre de l’aide en lui donnant les papiers de leur fille. Septembre 2015, Nadia rejoint un camp de réfugiés à Dahûk, une ville à la frontière du Kurdistan irakien où se trouve son frère. Deux de ses sœurs captives en Syrie la rejoignent quelques temps après.

Là-bas, elle témoigne une première fois sous le nom de Basima à des reporters du magazine La Libre Belgique venues pour témoigner de ce qu’il se passe dans les camps.  Elle contacte ensuite une organisation d’aide aux yézidis et finit par rejoindre l’Allemagne où l’une de ses sœurs a déjà trouvé refuge.

Installée à Stuttgart, elle rencontre Amal Clooney avocate britannique d’origine libanaise qui s’intéresse au cas des yézidis. Ensemble et avec les autres militants yézidis elles commencent à intervenir dans les grandes instances internationales avant de prendre la parole au Conseil de sécurité des Nations unies en septembre 2015.

 

Son combat pour les victimes de guerre

Pour la première fois une yézidie parle de ce qu’on fait à son peuple. À la tribune du Conseil, Nadia va lancer un appel à toute la communauté internationale afin d’intervenir contre l’État Islamique. Elle implore les gouvernances internationales d’agir vite et que les persécutions à l’encontre des yézidis soient reconnues comme génocide. Le 16 septembre 2016, elle devient ambassadrice de bonne volonté des Nations unies pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains.

Parallèlement, elle est lauréate du prix Sakharov aux côtés de Lamia Haji Bachar, également militante yézidie et ancienne esclave sexuelle de Daesh.

« Il n’y a pas de vie avec Daesh, nous n’étions pas en vie » raconte Nadia lorsqu’on lui demande de parler de son calvaire.

En 2017, elle retourne dans son ancien village à Kocho. Dans plusieurs séquences poignantes de son retour filmé par de nombreuses télévisions internationales, on voit Nadia découvrir en larmes sa maison et les rues de son enfance réduites en cendres.

Depuis, Nadia parcours le monde entier afin de parler des crimes innommables que subissent les yézidis encore captifs en particulier des femmes et jeunes filles : « Daesh est une menace pour le monde entier parce qu’il s’attaque à l’humanité».

Port- parole des yézidis et militante internationale, elle raconte son combat contre le massacre des siens dans son livre Pour que je sois la dernière, paru en 2018. Elle a récemment publié un rapport devant la Fédération internationales des ligues des droit de l’Homme (FIDH), des témoignages recueillis des victimes yézidies de crimes sexuels.

Prix Nobel de la paix

Le 5 octobre 2018, Nadia Murad et le docteur Denis Mukwege ont été récompensés du prix Nobel de la paix pour leurs efforts pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre.

Une petite victoire pour Nadia qui ne pensera pas à son avenir « tant que celui de tous les yézidis ne sera pas sauf ».

En bref

À 25 ans seulement, Nadia Murad a survécu aux pires qu’elle raconte pour son peuple, les yézidis irakiens. Une parole lourde car comme elle l’explique « dans les cultures moyen-orientales on ne parle pas de viols , on ne parle pas de ça. Chez nous les yézidis l’honneur est très important mais c’est pour retrouver l’honneur de mon peuple que j’en parle aujourd’hui ».

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