Adèle Haenel, « Portrait de la jeune fille en feu »

Par Aurore Poncelet

On ne présente plus Adèle Haenel, actrice féministe et politiquement engagée née le 11 février 1989 à Montreuil, d’un père traducteur et d’une mère enseignante. A l’âge de cinq ans, elle commence à suivre des cours de théâtre. Sept ans plus tard, alors qu’elle accompagne son frère à un casting, elle est repérée par le réalisateur Christophe Ruggia, et obtient son premier rôle dans Les Diables. Après quelques années en classe préparatoire économique et commerciale au lycée Montaigne, elle poursuit des études de sociologie et d’économie à l’université, puis s’arrête en master pour se consacrer uniquement au théâtre.

En 2008 et 2012, elle est nommée aux César dans la catégorie du meilleur espoir féminin. En 2014, elle décroche le César du meilleur second rôle féminin pour Suzanne, ainsi que le César de la meilleure actrice en 2015, pour Les Combattants. En 2018, elle est nommée meilleur second rôle pour le film 120 battements par minute. En 2019, pour son film En liberté !, puis en 2020, pour Portrait de la jeune fille en feu, elle est nommée dans la catégorie meilleure actrice. Le film obtient un succès incroyable, notamment aux États-Unis et est d’ailleurs nommé dans la catégorie du Meilleur Film International aux Oscars. Lors d’une interview en 2019, la réalisatrice Céline Sciamma admet avoir écrit Portrait de la jeune fille en feu pour l’actrice : « Le film a été construit pour Adèle, en pensant aussi à ses possibles, il s’est fondé sur ce qu’on sait d’elle ».

En novembre 2019, elle accuse le réalisateur Christophe Ruggia d’attouchements et de harcèlement sexuel et refuse cependant de porter plainte. Elle justifie ainsi ce choix initial : « Il y a tellement de femmes qu’on envoie se faire broyer, soit dans les façons dont on va récupérer leurs plaintes, soit dont la façon dont on va disséquer leur vie, et porter le regard sur elles… ». Le parquet de Paris décide néanmoins d’ouvrir une enquête. Le réalisateur, quant à lui, réfute toutes ces accusations, mais admet avoir eu une « emprise » sur la jeune femme. En janvier 2020, Adèle Haenel décide de porter plainte ; il est ensuite mis en examen pour agression sexuelle sur mineure de moins de 15 ans « par personne ayant autorité ».

Ce témoignage, relayé par Médiapart, constitue un événement en tant que tel, puisqu’il libère la parole d’un grand nombre d’hommes et de femmes, dans le milieu du cinéma, mais aussi dans les milieux littéraires et sportifs. Adèle Haenel est la première actrice française de renom à prendre la parole à ce sujet. Elle devient ainsi le nouveau visage du mouvement #MeToo et continue par la suite d’affirmer son engagement lors de multiples interviews. Elle déplore particulièrement « le manque de récits médiatiques de victimes de violences sexuelles en France », le système judiciaire français ne faisant par ailleurs pas des violences faites aux femmes sa « priorité ».

Avant la cérémonie des César 2020, l’actrice déclare avec ferveur que « distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes. C’est dire que violer des femmes, ce n’est pas si grave ». Le 28 février 2020, à l’annonce de la victoire du réalisateur (qui obtient le prix de la meilleure réalisation), elle décide donc de quitter la salle Pleyel où se déroulait la cérémonie, accompagnée notamment de Céline Sciamma et d’autres femmes, parmi lesquelles Florence Foresti et Aïssa Maïga. Quelques jours après la cérémonie, un directeur de casting reconnu dans le milieu du cinéma incendie l’actrice et dit explicitement vouloir mettre fin à sa carrière, ignorant vraisemblablement qu’elle venait de signer avec la Creative Artists Agency (CAA), une des plus grandes agences d’artistes à Hollywood.

Par ailleurs, son engagement, féministe notamment, est intersectionnel : dans une interview qu’elle accorde au New York Times, elle dénonce les effets de la « vraie censure dans le cinéma français », autrement dit « l’invisibilisation » des personnes racisées : « Où sont les gens racisés dans le cinéma? Les réalisateurs racisés? […] » se demande-t-elle. « Pour l’instant, on a majoritairement des récits classiques, fondés sur une vision androcentrée, blanche, hétérosexuelle ». Selon elle, il ne s’agit pas de censurer, mais de « choisir qui on veut regarder ».

Enfin, lors d’une interview qu’elle accorde à Isabelle Girard pour Le Figaro Madame, elle définit ce qu’est pour elle le féminisme : « C’est avoir conscience que les femmes sont empêchées de vivre et en tirer des conséquences. Le phénomène #MeToo a mis fin à la solitude des récits, ce qui constitue un énorme soulagement pour les femmes et pour certains hommes. Ce premier pas franchi, je crois que le nouvel enjeu est la sororité. C’est très gai, le féminisme, c’est mettre en commun nos histoires, nos colères, nos joies, nos forces et nos faiblesses. La notion d’équipe est souvent historiquement masculine. Nous devons apprendre la solidarité. »

 

Cet article n’engage que son autrice.

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