bell hooks: sororité et intersectionnalité

Par Andréia Franca

« La sororité donne du pouvoir aux femmes, en nous respectant, en nous protégeant, en nous encourageant et en nous aimant »  – bell hooks.

Gloria Jean Watkins, plus connue sous son nom de plume bell hooks, est une intellectuelle, auteure et militante féministe afro-américaine. Elle est née le 25 Septembre 1952 à Hopkinsville, dans le sud des Etats-Unis. bell hooks grandit dans une famille de classe ouvrière, entourée de cinq soeurs et un frère, son père est portier et sa mère domestique. 



Elle écrit que son expérience de grandir pauvre, noire et femme a eu un profond impact sur elle et lui fait prendre conscience très tôt des rapports de genre, de classe, et de race. Elle expérimente très tôt le racisme, notamment dans les écoles publiques soumises à la ségrégation qu’elle fréquente pendant son enfance. C’est parce qu’elle a conscience des violences exercées sur sa mère qu’elle souhaite s’émanciper des injonctions à devenir une « bonne femme » et refuse un avenir de servante ou de femme au foyer. hooks a soif d’apprendre, elle lit beaucoup, écrit des poèmes et rêve de devenir écrivaine ou bibliothécaire. 


Après avoir obtenu son diplôme de lycée, elle part étudier la littérature au sein de la renommée Université Stanford, où elle est l’une des seules femmes noires venant d’un milieu populaire. C’est au cours de ses études que bell hooks découvre l’invisibilisation totale des femmes noires dans l’histoire. C’est de là qu’elle commence à entreprendre ses propres recherches sur l’existence des femmes noires et leurs histoires. Ces recherches constituent les premiers écrits de ce qui va ensuite devenir son oeuvre majeure : Ne suis-je pas une femme ?

C’est également à cet instant de sa vie qu’elle se redéfinira comme bell hooks, en hommage au nom de sa grand-mère et à ces ancêtres féminines. Elle choisit d’employer des initiales minuscules à son nom, car elle souhaite que l’attention soit portée sur ses écrits et leur contenu plutôt que sur son nom.

Elle publie Ain’t I a woman : Black Women and Feminism en 1981, à l’âge de 19 ans.
Cette oeuvre majeure du mouvement « Black Feminism » s’inspire du célèbre discours de Sojourner Truth en 1851 où elle questionne féministes et abolitionnistes sur les diverses pressions que subissent les femmes noires : oppressions de classe, de sexe et de race. 


Dans son livre, bell hooks décrit les processus de marginalisation des femmes noires aux Etats-Unis et livre une critique des féminismes blancs, des mouvements noirs de libération et de leurs difficultés à prendre en compte les oppressions croisées que subissent les femmes noires américaines. Elle écrit : « Nous n’avons pas parlé de nous, de notre expérience de femmes noires, de ce qu’être les victimes de l’oppression raciste-sexiste signifie »

. Elle décrit ici la double discrimination que subissent les femmes noires : celle d’être femme et celle d’être noire. L’intersectionnalité soit l’intersection de plusieurs rapports de domination sera définie par l’écrivaine féministe américaine Kimberlé Crenshaw en 1989. 


Dans Ne suis-je pas une femme ?, bell hooks aborde plusieurs thèmes que l’on retrouve dans nombreuses de ses oeuvres : le vécu des femmes noires esclaves, l’histoire et l’impact du sexisme et du racisme sur les femmes noires, la dévalorisation de la féminité noire, le rôle des médias, de l’éducation et de l’impérialisme patriarcal blanc ainsi que le dénigrement des problématiques de race, classe et genre au sein du féminisme.

« Les femmes noires eurent l’impression qu’on leur demandait de choisir entre un mouvement noir qui servait essentiellement les intérêts des hommes noirs sexistes et un mouvement des femmes qui servait essentiellement les intérêts des femmes blanches racistes »



 Après avoir rédigée une thèse sur l’écrivaine noire Toni Morisson en 1983, bell hooks est recrutée comme professeure d’études africaines et afro-américaines dans la prestigieuse université Yale dans le Connecticut. En tant qu’enseignante et à travers ses différents ouvrages, elle pense la pédagogie comme une pratique de la liberté. Selon elle, la transformation de la société passe par le désapprentissage et la destruction de tous les systèmes de domination et d’oppression. Mais également par l’apprentissage d’outils de compréhension, de critique et d’analyse sur le monde en vue de le transformer.

« Nous pouvons être des soeurs unies par des intérêts et des croyances partagées, unies dans notre application de la diversité, unies dans la lutte que nous menons pour mettre fin à l’oppression sexiste, unies dans la solidarité politique »



 La sororité : la solidarité politique entre les femmes est un concept central et majeur dans l’oeuvre de bell hooks. Selon elle, il est nécessaire de « prendre la responsabilité de nous unir », les oppressions de genre, de classe et de race ont les mêmes racines, le combat pour la libération sexuelle se doit être le même que celui pour la libération raciale.
La véritable sororité se doit de construire de véritables alliances entre les femmes et non de reproduire des systèmes de dominations et d’oppressions.
« La véritable solidarité politique, c’est apprendre à lutter contre des oppressions qu’on ne subit pas soi-même. »

Profitons de cette période de confinement pour découvrir ou redécouvrir les ouvrages révolutionnaires écrits par bell hooks, essentiels à la pensée féministe moderne. 



Les incontournables : 


– Le célèbre et généralissime ouvrage Ne suis-je pas une femme, que je ne présente plus (petit plus pour la préface d’Amandine Gay dans sa version française)

Théorie féministe. De la marge au centre, ouvrage qui reprend et examine les mouvements féministes du 20ème siècle et qui se fonde sur l’expérience personnelle de bell hooks et sur le vécu de femmes noires de milieux populaires.

– L’article « Sororité : la solidarité politique entre les femmes » qui a bouleversé ma vision de la sororité et du féminisme (et disponible ici : https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1161)

 

Cet article n’engage que son autrice.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s