Manuel d’activisme féministe

Par Marie Lebrun

Activistes féministes depuis l’automne 2012, Sarah Constantin et Elvire Duvelle-Charles ont appris à organiser et mener des actions. Sœurs de lutte et désormais amies, elles ont monté la Clit Révolution, qui rassemble une communauté de femmes osant revendiquer leurs corps et leur sexualité, afin de faire évoluer les mentalités et participer à un débat public. La Clit Révolution a d’ailleurs abouti à une série documentaire composée de 9 épisodes qui met en lumière des femmes activistes issues des quatre coins du monde.

Désormais enrichies par de nouveaux savoirs et expériences, Sarah et Elvire ont par la suite conçu ce petit manuel d’activisme féministe en montrant que l’activisme féministe peut avoir divers moyens d’expression, allant de l’humour à la colère, en passant par la créativité. Ce nouveau projet résulte d’une prise de conscience de la part de ses autrices qui ont constaté que leur communauté souhaitait s’engager sans toutefois savoir comment s’y prendre.

« Je suis féministe, je voudrais faire quelque chose de concret mais je ne sais pas par où commencer. Vous avez des conseils ? »

Sarah et Elvire ont à cœur que ce manuel donne un maximum de clés et de conseils permettant de mener à bien vos actions, et ce quelle que soit la spécificité de votre engagement, à l’échelle de votre choix et avec les moyens dont vous disposez. En ayant la volonté d’être les plus inclusives possible, elles adressent donc ce manuel à toutes celles et ceux qui veulent en découdre avec les inégalités, que vous soyez grande gueule ou bien timide, que vous rêviez de révolution ou que vous souhaitiez trouver des conseils d’organisation pour mener une action. Le livre est divisé en plusieurs chapitres présentés ci-dessous.

Se révolutionner soi-même : avant de passer à l’action, Elvire et Sarah nous invitent tout d’abord à déconstruire (et reconstruire) le regard que l’on porte sur soi et sur les autres femmes, et nous encouragent à oser s’affirmer. Cela passe notamment par un changement de regard sur son corps ou encore par une petite révision des bases, où figure un point sur la culture du consentement.

Dès le collège changer le monde : parce que même sur les bancs de l’école nous entendons des réflexions sexistes et que le harcèlement y règne encore en maître, les autrices de ce manuel se disent émerveillées de voir que les élèves de collèges et lycées s’engagent de plus en plus contre les discriminations au sein de leur établissement scolaire. Elles relatent d’ailleurs des exemples de mobilisations arrivant à faire bouger les lignes dans les écoles, et proposent des idées, revendications, et projets à mettre en place.

Recouvrir les murs : dans cette partie, le constat est sans appel : l’espace public reste le terrain privilégié des hommes. C’est pourquoi Sarah et Elvire proposent de se le réapproprier en changeant la tonalité de l’espace public, la rue pouvant être un terrain d’expression sociale et politique avec une ambition singulière comme alerter les passants sur des problématiques sociétales.

Réaliser une parodie : selon les autrices de ce manuel, utiliser l’humour peut parfois être plus efficace qu’une opposition directe et frontale pour montrer l’absurdité ou la violence d’une situation. Elles appellent ainsi à réaliser des parodies de chansons, celles-ci incitant chacun et chacune à s’interroger sur les raisons pour lesquelles une parodie peut nous gêner, nous amuser ou bien nous choquer.

Envahir les réseaux sociaux : depuis 2017, inutile de rappeler l’ampleur qu’a pris le hashtag #MeToo appelant à dénoncer toute forme de comportement de harcèlement ou d’agression sexuelle. Très rapidement, #MeToo a fait le tour du monde et a ouvert la voie à des mots-dièse similaires qui ont vu le jour par la suite (#BalanceTonPorc, #YoTambien, #TimesUp, #YoTeCreo, #UberCestOver, #NiUnaMenos, etc.) Par l’intermédiaire des réseaux sociaux, ce mouvement a pour ambition de rappeler aux victimes qu’elles ne sont pas seules, afin qu’elles puissent entamer leur processus de guérison et a par ailleurs débouché sur des avancées précieuses. Bien conscientes que l’activisme numérique ne peut remplacer l’activisme de rue, Sarah et Elvire indiquent que les réseaux sociaux restent tout de même un formidable outil pour démocratiser l’activisme féministe, permettant à chacun et chacune de s’informer, d’être visible, de se faire entendre, de dénoncer, d’échanger, de s’entraider et de s’organiser.

 Investir l’espace public : tout comme pour le chapitre « Recouvrir les murs », en s’appropriant les routes, les institutions ou encore l’espace médiatique par leurs actions, les autrices insistent sur la nécessité d’investir ces lieux en tant que moyen d’expression des revendications féministes et de promotion des droits des femmes. Déplorant un traitement médiatique insuffisant lors des récentes marches féministes, elles relatent leur expérience au sein du mouvement Femen, dont la notoriété est due aux actions inédites dans l’espace public.

Mener une action en solo : à l’instar de Rosa Parks, il est tout à fait possible d’entreprendre une action individuelle si vous le souhaitez. Celle-ci peut d’ailleurs avoir une multitude de formes, libre à vous de choisir celle qui vous convient le mieux. Elvire et Sarah nous donnent plusieurs exemples de femmes qui sont devenues des symboles de lutte de par leurs actions.

Formez vos bataillons : si vous souhaitez monter votre propre association, ce manuel compile diverses manières de structurer un mouvement, quel que soit le modèle choisi. Ce chapitre indique aussi des conseils et mises en perspective tirés des expériences personnelles des autrices.

N’oubliez pas vos munitions : cette partie découle de la précédente puisqu’elle donne des conseils applicables pour chaque méthode d’activisme envisagée. Trouver un slogan, rédiger un communiqué, ou encore prendre la parole devant les médias sont autant de compétences à maîtriser et de ressources mobilisables lorsque l’on organise des actions.

Garde à vue mode d’emploi : le nom du chapitre l’indique lui-même, ce chapitre précise comment réagir à une interpellation de la part des forces de l’ordre et s’accompagne de conseils juridiques d’une avocate du Barreau de Paris.

Entrez en résistance : l’entrée dans l’activisme a donc permis à Sarah et Elvire de découvrir la sororité dans ce qu’elle a de plus fort, d’aller puiser en elles une force intérieure qui ne cesse de croître, créant ainsi des liens solides et conduisant même certaines activistes à se surprendre, leur engagement les ayant fait progresser dans la défense de multiples causes.

Ce manuel d’activisme féministe s’agrémente de portraits de femmes inspirantes et de tutos pour réaliser un collage, une parodie, une campagne sur les réseaux sociaux ou encore une action individuelle. Il s’achève par une liste de recommandations de livres, revues, podcasts, documentaires et séries à consulter sans modération ; et d’un point lexique venant éclairer quelques notions afin que l’activisme féministe n’ait plus de secret pour vous.

« Engagez-vous. Rejoignez-nous. Vous êtes légitimes. Entrez vous aussi en résistance. »

 

Cet article n’engage que son autrice.

 

 

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