Tu seras une femme ! Guide féministe pour ma nièce et ses ami.e.s

Par Marie Lebrun

Ancienne porte-parole du mouvement Osez le féminisme ! en 2012, fondatrice et actuelle présidente de la Fondation des Femmes depuis 2016, Anne-Cécile Mailfert s’engage depuis de nombreuses années dans la lutte contre les violences faites à l’égard des femmes et des filles et œuvre pour la promotion des droits des femmes. La Fondation des femmes est d’ailleurs la première structure française de collecte grand public dédiée à la levée de fonds pour développer et soutenir les actions en faveur des droits des femmes. Pour plus d’informations sur la Fondation : rendez-vous sur https://fondationdesfemmes.org/

 Auteure de Tu seras une femme ! Guide féministe pour ma nièce et ses ami-e-s paru aux éditions Petits Matins en 2017 et véritable militante féministe et associative, Anne-Cécile Mailfert déclare ainsi :

« Tout est acquis en matière de droits des femmes, entend-on régulièrement. Pourtant, la réalité dément largement ce présupposé : les femmes sont toujours moins bien payées que les hommes, moins présentes dans les postes à responsabilités, victimes de violences sexuelles. Sur nos murs et nos écrans, des corps féminins irréels et soumis incarnent un modèle auquel il faudrait se conformer.

Ce livre est une porte d’entrée, une invitation : c’est mieux comprendre certains rapports de force à l’oeuvre dans notre société. C’est mettre des mots sur des situations de la vie quotidienne que toutes les femmes connaissent : le slut-shaming, le harcèlement de rue, le revenge porn ou encore le cybersexisme sont autant de termes apparus ces dernières années pour les nommer. À l’heure des réseaux sociaux, des biotechnologies et du dérèglement climatique, nous avons plus que jamais besoin du féminisme pour relever les défis du XXIe siècle. Car la solidarité entre femmes et la lutte pour l’égalité réelle peuvent poser les bases d’une société nouvelle, plus juste, plus respectueuse de l’humanité et de la nature. »

Cet ouvrage synthétique a donc été pensé comme un manifeste dans une démarche double : combattre les mécanismes de domination dont les femmes sont encore trop nombreuses à être victimes ; et fournir une réponse aux enjeux contemporains en matière de lutte pour l’égalité. Ainsi, Anne-Cécile Mailfert a à cœur que ce petit guide féministe aide à construire les fondations d’un monde qui puisse être davantage équitable. Son oeuvre est divisée en quatre sections présentées ci-dessous.

L’ouvrage débute par une lettre que l’auteure adresse à sa nièce, en pleine adolescence. Elle lui rappelle l’héritage des combats féministes menés au cours de l’histoire allant de l’égalité des droits à l’émancipation sexuelle et fait état du chemin qu’il reste à parcourir, déplorant que l’égalité réelle peine encore à se réaliser. Anne-Cécile Mailfert pointe les difficultés auxquelles les femmes sont toujours confrontées : les inégalités salariales, le manque de représentation dans les instances politico-économiques, ou encore les violences allant du harcèlement sexuel aux violences conjugales . Elle invite à remettre en question les présupposés normatifs à l’égard des femmes et des hommes, prendre de la distance avec les nombreuses injonctions sociales, changer son regard sur soi mais aussi sur les femmes qui nous entourent afin que la rivalité laisse place à davantage de sororité.

Partie 1 – Changer les mentalités

L’auteure parle d’une catégorisation en deux genres, car la société nous rangerait dans des boîtes ne nous faisant pas occuper la même place selon que nous sommes de sexe féminin ou masculin. « A chacun sa place, à chacun sa boîte. » Ce qui rassemble la grande communauté des femmes est le vécu qu’elles ont en commun, celui d’être brutalement renvoyées à leur statut de femme et d’être discriminée quotidiennement en raison de leur sexe. Mais la femme n’existe pas, puisque chaque être humain est unique, doté de goûts, opinions, talents et personnalités qui lui sont propres. Le féminisme appelle à prendre en compte cette complexité et à être intransigeant vis-à-vis des injustices commises. Il apparaît donc comme impératif de faire changer les mentalités afin de prendre conscience de combien ce cadre fille/garçon est réducteur et oppressant.

« Et si au lieu de lutter contre, nous inventions notre propre modèle ? » Une société véritablement féministe où il n’y aurait plus de violences, où les êtres humains seraient respectés pour ce qu’ils sont, et non pour leur aptitude à se conformer à ce que l’on attend d’eux ?

Partie 2 – Nos corps 

« Traitez les femmes comme des objets, elles se comporteront comme des objets. 

L’idéal de beauté féminine nous renvoie aux nombreux diktats qui nous sont encore trop souvent imposés. L’auteure dénonce le contrôle qui s’exerce chaque jour sur nos corps, ceux-ci étant des objets de convoitise. La première critique peut s’adresser aux injonctions de la reproduction contre laquelle se positionnent les combats pour l’accès à la contraception et à l’avortement, les femmes s’organisant pour faire reculer les projets de loi liberticides.

Une époque de libération sexuelle a notamment vu le jour après Mai 68. Ce vent de liberté s’incarne par exemple au travers du MLF, le Mouvement de libération des femmes, né en 1970. Toutefois, cette avancée n’a pas permis de faire disparaître cette relation de domination. Il faut donc aller plus loin, en faisant en sorte que la liberté s’accompagne de l’égalité. Ce contrôle du corps des femmes se joue également sur le terrain de la médecine, allant jusqu’à déboucher sur des violences courantes telles que les touchers vaginaux sans consentement ou l’épisiotomie. Cette dernière est par exemple pratiquée dans plus de 30% des accouchements en France, alors que l’OMS ne recommande de le faire que dans 5% des cas. (Elle consiste à effectuer une incision chirurgicale de quelques centimètres au niveau de la vulve sur la paroi vaginale et les muscles du périnée.) Anne-Cécile Mailfert en appelle alors à former davantage les médecins dans la détection des situations à risques ou d’identification des violences.

Alors que nos corps font l’objet d’une surexposition, certains aspects de ces derniers sont paradoxalement occultés. En atteste l’ancrage de l’invisibilisation de l’homosexualité féminine, ou le tabou qui règne encore autour des règles et des souffrances qu’elles peuvent provoquer à l’image de l’endométriose. L’importance démesurée que revêt la virginité dans certaines sociétés va jusqu’à faire pratiquer des mutilations sexuelles et génitales telles que l’excision. Concernant les violences sexuelles et ses graves répercussions, l’auteure évoque notamment la notion de culture du viol dans le milieu pornographique. Elle pose aussi le consentement comme base incontournable de relations apaisées et épanouissantes et dénonce le silence autour de toutes ces violences, qu’elle qualifie d’assourdissant.

Partie 3 – Le pouvoir

Reprendre le pouvoir passe selon Anne-Cécile Mailfert par le fait de « récupérer la maîtrise de son temps » et rejoint en cela Virginia Woolf lorsqu’elle dit qu’une femme a besoin d’une « chambre à soi, avec une porte que l’on peut fermer, verrouiller si besoin, pour ne pas se faire envahir par les besoins des autres. » Le temps consacré aux autres peut alors apparaître comme le premier frein à la réalisation personnelle.

L’auteure prend l’exemple criant des inégalités hommes-femmes au sujet des tâches ménagères et des emplois à temps partiel. Elle traite du pouvoir des femmes en s’intéressant à leur emploi du temps et à leur vie de famille, en appelle à rééquilibrer les temps de vie, pour être en mesure de rééquilibrer par la suite les pouvoirs politico-économiques.

Elle pointe en effet le manque de représentativité des femmes dans les sphères politiques et dans le monde du travail, où le sexisme ordinaire représente un frein dans leur accès aux postes à responsabilités. Alors que le taux de femmes cadres a progressé ces vingt-cinq dernières années, les femmes sont encore peu nombreuses à occuper des postes de direction. Pourquoi ? En raison du « plafond de verre. » Le pouvoir est donc un élément central, en tant que lieu où se décide notre avenir commun. En redonnant toute sa place au génie féminin, nous pouvons inventer le monde de demain et agir ensemble à tous les niveaux.

Partie 4 – Demain

L’exemple de l’hyper-sexualisation des femmes sur nos écrans témoigne du rôle révélateur d’Internet, celui-ci façonnant les imaginaires. Anne-Cécile Mailfert le dit elle-même, « la dématérialisation des insultes et du harcèlement ne rend pas ces violences moins réelles pour celles qui en sont victimes. » Lynchage et intimidation alimentent le cyber sexisme. Internet est alors le terrain de jeu des harceleurs, mais il est aussi un espace de notre vie politique et démocratique que les femmes doivent se réapproprier pour communiquer, s’organiser collectivement et s’entraider. Reprendre le pouvoir sur le numérique apparaît dès lors comme un enjeu politique majeur pour les années à venir.

D’autre part, alors que nos conditions de vie se sont nettement améliorées grâce au progrès technique et à la mécanisation des taches, les femmes souffrent des conséquences environnementales induites par nos modes de production et de consommation. En atteste la réflexion née autour de l’écoféminisme, faisant le lien entre l’exploitation des femmes et la domination de la nature.

Tout l’enjeu est donc de reconnaître la puissance des femmes, celle-ci ayant trop longtemps été méprisée, pour redonner une pleine place aux femmes au sein de l’humanité et ainsi bâtir une société plus juste. L’avancée pour les droits des femmes s’organise d’ailleurs à une échelle planétaire car comme le rappelle si bien Anne-Cécile Mailfert : « Le féminisme est la jeunesse du monde. »

Elle ajoute que « lorsque l’on chausse des lunettes féministes, on voit le monde différemment. »

Alors, qu’est-ce qu’on attend ?

 

Cet article n’engage que son autrice

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